flicage + cyber-surveillance = RP Online | Half-Day - Le blog de Michael Pierlovisi
  • flicage + cyber-surveillance = RP Online

    C’est en substance le message qu’essaye de faire passer le blog du Contre Journal dans son article au titre plus qu’évocateur et à forte valeur polémique ajoutée : “Internet, les dessous du flicage : un cyber-surveillant raconte”

    Ah ? De quoi va-t-on parler ? De la surveillance des réseaux terroristes sur Internet ? Du téléchargement illégal sur les réseaux P2P ? De la lutte contre l’escroquerie en ligne ? Non, simplement de la “communication virale”. Pourtant, le vocabulaire employé ne fait pas dans le détail : surveillance, sources, maillage, infiltration…

    «C’est traqué, c’est comptabilisé, et c’est suivi». Mise sous surveillance des sources, maillage, évaluation de l’audience des cibles, infiltration des forums: Philippe Duhot, expert en «communication virale» sur Internet, travaille principalement pour des marques. Il a proposé sans succès ses services à l’UMP en 2007, et défend la liberté d’intervention de l’Elysée dans la blogosphère.

    Finalement, au fil de l’interview de Philippe Duhot, “expert en communication virale”, on se rend compte que son métier consiste plutôt à faire des relations publiques sur Internet - soit des RP Online - avec toutes ses composantes : identifier les leaders d’opinion sur une thématique précise et le ou les média sur lequel ils s’expriment, étudier leur “sphère d’influence” et construire le message avant d’engager directement la conversation avec eux…

    une fois qu’on a ce maillage et qu’on voit à peu près quels sont les cycles de circulation des informations influentes, on peut intervenir presque directement auprès de ces sources-là pour voir si, oui ou non, on peut engager une relation et une conversation.
    Les marques ont intérêt à ne pas rester dans l’observation, mais de commencer à pouvoir dialoguer, à pouvoir alimenter, et finalement on arrive dans un espèce d’échange qui peut être intéressant entre des experts…

    La discussion dérape rapidement lorsque le journaliste, Karl Laske - qui ne connait d’ailleurs rien à cet univers de la communication puisqu’il s’est spécialisé dans les affaires de corruption et d’intégrité publique pour le journal Libération - s’attaque au sujet qui fait vendre : l’Elysée et Internet. La récente constitution d’une cellule de veille sur les conversations générées sur le Web n’y est d’ailleurs pas étrangère..

    Les questions, plus pressantes, se précisent :

    Il y a une diffusion énorme d’infos et de discussions sur le Président. La nomination d’un professionnel en gestion de réputation pour une telle personnalité, ça parait a la fois dérisoire - qu’est-ce qu’il pourra faire avec les moyens qu’il a ? - et inquiétant, parce qu’au fond il a quand même les moyens de l’Etat…

    Sauf que là ce qu’on peut objecter, c’est que ce serait avec les moyens de l’État. C’est un peu différent, parce qu’avoir des outils de surveillance, de tracking, c’est quand même particulier quand on est à la tête de l’État…

    Pour en arriver finalement, au saint graal du journaliste en quête d’un scoop - après tout, le Contre Journal a pour vocation d’”ouvrir les débats ignorés ou tabous de l’actualité” - l’atteinte aux libertés individuelles :

    C’est sur le stockage des infos que ça parait un peu liberticide. Si vous stockez des infos sur 30 blogs anti Sarkozy, qu’est-ce que vous en faites après? Ce ne sont pas des journalistes, ce sont des citoyens. C’est même pas de la revue de presse…

    Inutile que je m’attarde sur la question de la veille que je trouve tout à fait légitime, Versac en parle mieux que moi mais je suis révolté par le mélange des genres qui est opéré…

    Non seulement Karl Laske ne se donne pas la peine d’appliquer les bases de son métier en détaillant son point de vue et en menant un semblant d’investigation lui permettant d’étayer son article (définition, acteurs, marché, exemples de campagnes, débat contradictoire, etc.), mais il ne prend même pas le temps de répondre aux commentaires et remarques de ses lecteurs (ce qui est un des intérêts du blog au cas où il l’aurait oublié… le dialogue, la conversation, tout ça…) afin, dans certains cas, de recadrer le débat :

    Si j’ai bien compris, le gagne-pain de ce monsieur consiste entre autre à se faire passer pour un consommateur satisfait et de poster des commentaires dithyrambiques sur des produits que leur (manque d’) efficacité ne suffit pas à faire vendre. Pouvez-vous épeler publicité mensongère ?

    On hésite presque à laisser un commentaire, tant la posture de ce monsieur fait froid dans le dos. Et l’atroce transcription directe de ce qu’il dit (pas de ré-écriture manifestement) laisse vraiment passer ce que son discours à de peaufiné ; il fait attention à ce qu’il dit. Moi je dis que ce type sait qu’il fait un travail de salaud, mais qu’il a fabriqué un discours qui le protège d’avoir à se l’avouer. Ce serait un nouveau chapitre du Divin Marché, de Dany-Robert Dufour, ou une nouvelle forme de la “Propaganda” d’Edward Bernays. Brrr…. Plus que jamais, la devise “Pour vivre heureux, vivons cachés” est d’actualité.

    Que l’on découvre et fasse le portrait d’une nouvelle façon de communiquer (comme l’a fait Stratégies il y a quelques mois) est nécessaire mais, par pitié, faites le correctement ! Prenez, par exemple, la peine de vous renseigner au préalable auprès de différentes interlocuteurs (Philippe Duhot est loin d’être le seul à faire ce métier en France) et évitez de biaiser le débat en ne l’analysant qu’à travers un prisme réducteur…

    Cette note a été publiée le Jeudi 17 avril 2008 à 10:27 dans la rubrique A la une, Nouveaux outils, nouvelles pratiques. Vous pouvez suivre tous les commentaires publiés à son sujet en vous abonnant à son flux RSS 2.0. Vous pouvez déposer un commentaire ou effectuer un trackback à partir de votre blog.
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  • 1 commentaire

    Voici les réactions publiées au sujet de cette note.

    1. Publié le 11 mai

      Je me souviens bien de ton article sur Stratégies et j’étais plus énervé par cet article que par celui de Contre-Info. Il y a plus de choses pour nous à attendre de Stratégies que de Contre-Info.

      Il ne devrait pourtant pas y avoir de débat :

      - c’est normal de faire de la veille ! laissons les termes de “flicage” et autres aux vierges paranoïaques effarouchées

      - les faux commentaires ou toutes formes de manipulations par des auteurs déguisés ou non-identifiés sont non-éthiques et devraient être bannies.

      Et c’est tout.

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