Peut-on réellement mesurer l’influence des réseaux sociaux ?

A l’occasion d’un dossier consacré aux blogs, et leur potentiel d’influence, j’ai été contacté par un journalise de CB News afin d’exprimer mon point de vue sur cette question. Etant donné que j’ai vécu « de l’intérieur » la polémique sur le classement Technorati d’Edelman France, j’ai eu l’occasion d’entendre bon nombre d’arguments sur « Qu’est ce que l’influence ? », « Comment peut-on prétendre qu’un blogueur est influent ? » et, surtout, « Comment la mesurer ? ».

A l’époque Technorati semblait être le moyen le plus objectif de la mesurer. Et le tout récent partenariat conclu entre le moteur de recherche et Edelman semblait en attester (jusqu’à qu’il soit rompu en catimini pour un certain nombre de raisons internes…). Il a toujours été clair, et aujourd’hui plus qu’hier, que cet « outil » de mesure qu’est le nombre de liens entrants (incoming links en anglais), même si a eu le mérite d’initier le débat, est insuffisant…

Depuis, de nombreux classement prenant en compte d’autres paramètres tels que le nombre d’abonnés au flux RSS et aux eventuels podcast, le traffic Alexa , le PageRank, etc. ont tenté de mesurer de façon « objective », tout du moins mathématique, l’influence que pouvait excercer un blogueur sur son lectorat.

Avec l’explosion des services de partage, des réseaux sociaux (MySpace, Facebook, Linkedin, Ziki et consorts), des outils de publications (Twitter, Pownce, etc.) nombreux sont ceux qui multiplient aujourd’hui les moyens de communication. Pourquoi se contenter d’un « simple » blog lorsqu’on peut avoir sa page sur MySpace, son espace sur Youtube, disposer de son réseau de relations sur LinkedIn, etc. ?

C’est en prenant en compte ses nouveaux canaux d’expression que David Brain (Edelman) a tenté de mettre en place une nouvelle façon de mesurer l’influence « globale » d’un blogueur suivant les différents réseaux sociaux (et donc media) qu’il occupe. La posture est intéressante et la méthodologie attractive.

Seulement voilà, plus les techniques d’analyse/de mesure se développent et s’élargissent plus on a tendance à vouloir conjuguer des media qui n’ont plus grand chose à voir entre eux. David avoue lui même qu’il essaye de mélanger des pommes avec des oranges et que, finalement, cette nouvelle méthodologie d’analyse n’a pour objectif que de prolonger un peu plus le débat…

But we are not claiming it is definitive (how can it be with as many value judgements as I just confessed too) and we’re not entirely sure if the thesis itself will stand up. What we hope to do by this is to contribute to the debate and (and if possible) come to a community view of how you look at this.

Le problème est que, sous prétexte de mesurer une influence beaucoup plus complexe que la simple notion de liens entrant (et je partage tout à fait ce constat), David franchit une limite essentielle : Il passe de l’influence à la visibilité. Son Social Media Index ne consiste donc plus à mesurer l’influence d’un blogueur mais sa visibilité (voire son taux de pénétration) cumulée sur les principaux services Web.

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Dès lors, une importante visibilité est-elle signe d’influence ? Je ne pense pas. Pourquoi serais-je plus enclin à croire ce que Steve Rubel (premier du Social Index de David) écrit, twitt ou podcast qu’un autre blogueur ? Tout au plus pourra-t-il attirer mon attention sur tel ou tel service (dans ce cas, il génère de la visibilité sur une marque ou un produit) mais aucune mesure mathématique ne peut objectivement définir l’influence que ses écrits auront sur mon jugement.

Car il est bien là le problème. L’influence est subjective. Elle ne peut raisonnablement pas se réduire à un simple calcul comptabilisant le nombre de lecteurs RSS ou le nombre d’ « amis » sur FaceBook…

L’enjeu n’est donc pas d’essayer de mesurer l’influence d’une personne sur le Web mais plutôt sa « capacité d’influence » . Cela implique donc une étude « humaine » de ses écrits, des réactions de ses lecteurs, des répercussions que sa note peut avoir, du nombre de blogueurs/membres du même réseau partageant son point de vue ou, au contraire le contestant. Du coup, je me demande dans quelle mesure doit-on prendre en compte les outils de publications rapides (tels que Twitter) qui ne permettent pas d’élaborer une thèse ou développer un point de vue mais simplement de lancer trois phrases du type « là, je bois une bière » ou « je suis en réunion » ?

De même, pourquoi devrions-nous tenir compte du nombre d’amis sur Facebook ou de relations sur LinkedIn ? Personnellement, mon réseau dépasse à peine la centaine de personnes (oui, je suis un petit joueur) et ce n’est pas pour autant que je considère mes contacts comme potentiellement « influents ». Ce ne sont simplement que des « relations » qui me permettent de me faire connaître auprès d’autres personnes (du networking donc). On revient à la notion de visibilité…

A l’heure actuelle, nous ne savons pas encore mesurer précisemment l’impact que peut avoir un blog dans sa communauté et encore moins la capacité d’influence qu’il peut excercer sur ses lecteurs, les autres blogueurs voire les bons vieux sites web (mon dieu, serais-je trop Web 1.0 ?).
Alors, pourquoi ne pas tenter de rationaliser cet univers (sans pour autant oublier le côté subjectif de l’analyse) en réflechissant à des outils qui nous permettent de mieux comprendre ce média et ses interactions avant de s’acharner à vouloir prendre en compte tous les nouveaux réseaux sociaux qui ont le vent en poupe ? Les blogs commencent enfin à gagner en maturité, il serait vraiment dommage de commencer à négliger leur importance sous prétexte qu’ils ne sont plus au cœur du buzz des nouveaux media…

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